
Les migrants clandestins constituent l’une des figures les plus récurrentes dans les romans francophones de migration vers l’Europe surtout depuis la dernière décennie du XXe siècle. Ceux-ci ne disposent pas d’un séjour légal en Europe et ont fui leurs pays d’origine pour différentes raisons en faisant face à des évènements traumatiques avant, pendant et après leur trajet. Il en va de même pour les personnages de Le silence desesprits (2010) de Wilfried N’sondé, l’écrivain congolais vivant à Berlin. Or, le traitement de traumatisme dans ce roman nous invite à remettre en question l’association généralisée entre traumatisme et victimisation en se demandant : comment ce texte littéraire en propose-t-il une approche non-binaire. Pour y répondre, cette étude s’appuie, d’une part, sur les théories de traumatisme proposées par les théoriciens de l’école Yale comme Cathy Caruth et Dominic LaCapra pour exposer les aspects aporétiques de traumatisme des clandestins (cauchemar, rêves, retour en arrière, fragmentation de mémoire). D’autre part, elle se réfère à la théorie du traumatisme de Judith Herman pour repérer l’aspect thérapeutique de résilience qui se manifeste tant au niveau de narration que d’élaboration des relations sympathiques humaines. De ce fait, le traumatisme est ici conçu davantage comme un point de rencontre entre les dynamiques de la mémoire personnelle et collective, qu’une pathologie qui réduit toute agentivité chez traumatisés et qui les rend incapables d’agir. À l’aide de cette discussion du traumatisme chez clandestins, l’étude vise à mieux nuancer leur expérience et résilience, plutôt que d’afficher leur rôle victimaire.
