
doi: 10.4000/16ix2
Il n’y a aujourd’hui d’œuvre où le lien entre la frontière, la migration et l’utopie soit le plus affirmé que celle d’Édouard Glissant. Du Discours antillais (1981) à Philosophie de la Relation (2009), l’œuvre de Glissant s’est construite sur des frontières qu’elle n’a cessé d’outrepasser et de déconstruire sans pour autant les effacer : frontières entre les genres (roman, poésie, théâtre, essais), entre la pensée et le poème, entre l’art et la philosophie, entre l’oralité et l’écriture, entre les langues et les cultures que viennent transgresser les processus de créolisation, entre les États-nations que traversent les flux migratoires, sans oublier les frontières maritimes qui passent entre les continents et les archipels, les presqu’îles et les rochers. Et que peuvent bien être ces frontières qui traversent les archipels, se demande Glissant non sans ironie, sinon des tracés dérisoires au regard de ces couloirs de lave sous-marine qui courent d’île en île, de volcan en volcan, de Soufrière en Soufrière ?
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