
Cet exposé a pour objectif de poser les bases de la problématique de la pollution des sols agricoles, par laquelle les sols des jardins urbains sont concernés, et d'énoncer les grands principes permettant d'évaluer ce risque de pollution. Parmi les constats posés à l'échelle globale, le concept de limite planétaire a été appliqué il y a quelques années à la problématique de la pollution de l'environnement. Sur la base de la littérature scientifique existante, la limite planétaire d'acceptabilité de la pollution a été jugée comme largement dépassée. En effet, sur près de 350 000 substances chimiques produites et utilisées dans le monde, moins de 10% auraient fait l'objet d'études scientifiques (complètes ou incomplètes) quant à leur devenir dans l'environnement et aux risques que cette dissémination pouvait faire peser en termes de santé humaine (toxicologie) et de santé de l'environnement (écotoxicologie). Ce constat a amené la communauté scientifique a appelé à une augmentation des connaissances et des capacités d'évaluation de ces risques. L'évaluation quantitative des risques de pollution est une notion qui comporte trois dimensions. Il s'agit tout d'abord de caractériser le niveau d'exposition des organismes vivants aux contaminants chimiques tout au long de leur vie, c'est-à-dire de caractériser l'éco-exposome. Dans les sols agricoles, il est ainsi fréquent de rencontrer la présence du fait des activités humaines (agricoles ou non) de multiples contaminants chimiques, généralement présent en concentration modérée comparativement à des sites industriels. De ce fait, la mise en évidence de l'état de contamination des sols est souvent longue et délicate. La deuxième dimension concerne la caractérisation du danger, c'est-à-dire de la relation entre le niveau d'exposition (ici dans le sol) et l'effet toxique généré par un contaminant chimique sur un organisme vivant. Le danger est classiquement déterminé à partir de mesures faites sur des organismes modèles dans des conditions standardisées d'exposition. Cela permet d'établir des relations dose-réponse, qui voit généralement la réponse toxique augmenter avec la dose d'exposition. Il existe cependant pour certains contaminants chimiques, notamment ceux présentant un effet de perturbateurs endocriniens, des réponses non monotones caractérisées par des effets toxiques importants observés à des niveaux d'exposition bien inférieurs à ceux utilisés pour l'établissement des relations dose-réponse classique. Enfin, la troisième dimension concerne la prise en compte plus récente de la vulnérabilité des organismes vivants exposés à la contamination chimique. Cette vulnérabilité dépend du mode de vie (entièrement ou partiellement dans les sols), des conditions environnementales (températures élevées ou faibles) et de l'état nutritionnel de l'organisme vivant (en cas de déficience par exemple). La vulnérabilité peut concerner tout autant l'être humain que les autres organismes vivants de l'environnement, notamment de ceux vivant dans les sols. En conclusion, l'évaluation des risques apparaît comme la seule méthode permettant de renseigner la balance bénéfices risques liées aux activités humaines, dans le but de déterminer à quel point les risques liés à une pollution sont tolérables relativement aux avantages économiques, sociaux et sur la santé procurés par les jardins collectifs. Mais les méthodes d'évaluation existantes ont perpétuellement un temps de retard important du fait de la diversité des contaminants qui se disséminent continuellement dans l'environnement, de l'ampleur des surfaces agricoles concernées et des ressources humaines et financières disponibles pour développer ces méthodes d'évaluation.
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