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Publication . Article . Other literature type . 2015

Justice sociale et luttes pour la reconnaissance: la question de l'agapè

Sébastien Roman;
Open Access
French
Published: 01 Jan 2015
Publisher: HAL CCSD
Country: France
Abstract

Dans Parcours de la reconnaissance, Paul Ricoeur accorde une attention particulière à la théorie sociale honnethienne, d'une part parce qu'elle porte sur le thème majeur des luttes pour la reconnaissance, d'autre part parce qu'elle propose une conception néo-hégélienne de la justice sociale convaincante. Toutefois, tout en adhérant au projet honnethien, Ricoeur instaure un lien dialectique entre la justice et l'amour pour corriger un défaut consubstantiel à l'Anerkennung. Seule la référence à l'agapè permettrait de sortir du caractère interminable de la lutte, en montrant que les hommes sont capables de reconnaissance mutuelle par des pratiques sociales de don/contre-don. Ricoeur présente l'agapè comme un simple complément du projet honnethien. Le présent article revient sur cette affirmation, et montre, au contraire, que le recours à l'agapè modifie les luttes pour la reconnaissance, et n'aide pas à penser une justice sociale capable de témoigner des expériences de l'injustice, et de les combattre. Mots-clés: Paul Ricoeur, Axel Honneth, luttes pour la reconnaissance, agapè, justice sociale.

In The Course of Recognition, Paul Ricoeur pays special attention to Honneth’s social theory, on the one hand,because it is devoted to the important issue of the struggles for recognition and, on the other hand, becauseAxel Honneth proposes a convincing neo-Hegelian conception of social justice. However, while adhering toHonneth’s project, Ricoeur establishes a dialectical relationship between love and justice, in order to correctan inherent defect of Anerkennung. The reference to agápē would provide the only way out of the endlessstruggle, by demonstrating that human beings are capable of mutual recognition through the social practiceof gift/counter-gift. Ricoeur presents agápē as a simple add-on to the Honnethian project. The present paperreturns to this assertion, and demonstrates that, on the contrary, the use of agápē alters the struggles forrecognition, and does not help us to arrive at a conception of social justice, which is capable of revealingexperiences of injustice and combatting them.

Subjects by Vocabulary

Library of Congress Subject Headings: lcsh:Philosophy (General) lcsh:B1-5802

Subjects

Axel Honneth, Struggles for Recognition, Paul Ricoeur, Agape, Social Justice, luttes pour la reconnaissance, justice sociale, [SHS.PHIL]Humanities and Social Sciences/Philosophy, [SHS.PHIL] Humanities and Social Sciences/Philosophy, Paul Ricœur, Axel Honneth, luttes pour la reconnaissance, agapè, justice sociale

29 references, page 1 of 3

4 Pour la critique du constructivisme rawlsien, cf. notamment Paul Ricoeur, “Le cercle de la démonstration,” in Catherine Audard et al., Individu et justice sociale. Autour de John Rawls, (Paris: Seuil, 1988), 129-44.

5 Le juste se situe entre le légal et le bon pour Ricoeur. Sa position, concernant la justice, consiste à établir un lien dialectique entre déontologie et téléologie, entre le formalisme kantien et le situationnisme aristotélicien. Paul Ricoeur, “Le juste entre le légal et le bon,” Lectures 1: Autour du politique, (Paris: Seuil, 1991), 176-95.

6 Paul Ricoeur, Parcours de la reconnaissance. Trois études, (Paris: Stock, 2004).

7 Axel Honneth, La société du mépris. Vers une nouvelle Théorie critique, trad. O. Voirol, P. Rusch, A. Dupeyrix, (Paris: La Découverte/Poche, 2008), 88.

8 Ricoeur, Parcours de la reconnaissance, 274.

9 Ricoeur, Parcours de la reconnaissance, 226.

10 De nombreux textes, avant Parcours de la reconnaissance, portent déjà sur la tension entre justice et agapè. Nous nous concentrerons, dans cet article, sur Amour et justice, (Paris: Seuil, 2008; auparavant publié dans une version bilingue par J. C. B Mohr en 1990). Cf. également “Entre philosophie et théologie I: la Règle d'Or en question,” “D'un Testament à l'autre,” Lectures 3. Aux frontières de la philosophie, (Paris: Seuil, 1994), 263-71, 355-66; “Théonomie et/ou autonomie,” Archivio di Filosofia, 62, (1994), 19-36.

11 Axel Honneth, La lutte pour la reconnaissance, trad. P. Rusch, (Paris: Cerf, 2000), 7. La philosophie sociale honnethienne donne lieu à une “théorie sociale” - théorie sociologique - dont le projet est l'émancipation des individus. Toute théorie sociale ne relève pas nécessairement de la philosophie sociale. Les théories sociologiques peuvent être de différentes sortes, elles ne visent pas toutes l'émancipation. Cf. E. Renault, “Assumer l'héritage de la théorie critique: sauver Marx par la reconnaissance?,” in A. Caillé, C. Lazzeri (dir.), La reconnaissance aujourd'hui, (Paris: CNRS Éditions, 2009), 84.

12 G. H. Mead, L'esprit, le soi et la société, trad. D. Cefaï, L. Quéré, (Paris: PUF, 2006).

15 Il ne faut pas entendre par intégrité physique une restriction du mépris à la dimension corporelle du sujet. L'intégrité physique désigne l'intégrité propre de l'individu, y compris, évidemment, dans sa dimension affective, c'est-à-dire psychique. Les sévices et violences ont bien pour effet psychique la mésestime de soi. Honneth l'a par ailleurs très bien étudiée, en prolongeant les propos hégéliens sur l'équilibre précaire entre autonomie et dépendance dans l'amour par les analyses de Winnicott sur la relation mère-nourrisson. D. W. Winnicott, Processus de maturation chez l'enfant. Développement affectif et environnement, trad. J. Kalmanovitch, (Paris: Payot, 1970).

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