Le règne de Louis XIV, ou la rupture définitive entre la société française et la monarchie

Article French OPEN
Bouveresse, Jacques (2018)
  • Publisher: Les Annales de droit
  • Subject: Louis XIV | société française | monarchie | crise | autorité | french society | monarchy | crisis | authority

Le règne de Louis XIV, comme Janus, présente deux faces. La première de ces faces qui correspond au vingt-cinq premières années du règne est brillante et lumineuse. Tout s’ordonne autour du roi dans un bel ordonnancement classique. Louis XIV est le maître de la guerre et de la paix. Il est entouré d’une cour brillante où il n’y a pas que des courtisans mais aussi beaucoup d’hommes capables et compétents. À partir des années 1680 – et à cet égard la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 est un bon indicateur – le climat général s’assombrit. Nous entrons dans la deuxième phase du règne qui nous montre sa face obscure et tourmentée. Ce qu’il faut remarquer c’est la coupure, la séparation définitive entre le roi et le Tiers État. Les écrivains et les publicistes de l’époque portent témoignage de ce divorce irréversible. Plus jamais la confiance ne se rétablira entre la monarchie et le peuple. Comme Paul Hazard le faisait déjà remarquer il y a près d’un siècle dans son ouvrage majeur sur La crise de la conscience européenne, la dynamique révolutionnaire n’a pas attendu le milieu du XVIIIe siècle pour se manifester, elle a monopolisé les esprits et les énergies dès la fin du XVIIe siècle en plein milieu du règne du Grand Roi. Similarly to Janus, the reign of Louis XIV has two sides. The first one – which covers the first twenty-five years of his reign – is brilliant and bright. Everything is organised around the King in a beautiful classical system. Louis XIV is the master of war and peace. He is surrounded by a brilliant court, which not only consists of courtiers but also of many capable and competent men. From the 1680s, the general atmosphere began to darken (in this respect, the revocation of the Édit de Nantes in 1685 is a good indicator). Then we enter the second phase of the reign, which reveals its dark and troubled side. Most noteworthy is the divide, the definitive separation of the King from the Third Estate. Writers and publicists from that time bear witness to this irreversible divorce. Trust will never be restored between the monarchy and the people. As Paul Hazard already noted almost one century ago in his major work La crise de la conscience européenne [The crisis of European consciousness], the revolutionary momentum did not wait for the mid-eighteenth century to arise; on the contrary, it monopolised minds and energies from the late seventeenth century, in the middle of the reign of the Great King.
Share - Bookmark

  • Download from
    OpenEdition via OpenEdition (Article, 2018)
  • Cite this publication